
L’impasse agroalimentaire : vers une famine générale organisée?
ANALYSE (rappels) : ON A TUÉ LA VIE DANS NOS TERRES AGRICOLES
1 – Le labour profond et le bêchage (15 à 30 cm) : une ineptie
Les terres arables de surface (synonyme de cultivables) qui sont riches en matières organiques, sont le siège d’une vie bactérienne intense à deux niveaux :
- Humus riche en bactéries aérobies au-dessus, qui ont besoin d’oxygène.
- Terre compacte riche en bactéries anaérobies au-dessous qui fuient l’oxygène.
2 – Le labour profond (10 à 15 cm)
Bien qu’il présente les avantages d’enfouir les résidus de récoltes et les mauvaises herbes, a trois inconvénients majeurs :
- Il tue les aérobies qui se retrouvent enfouis.
- Il tue les anaérobies qui se retrouvent au contact de l’oxygène de surface.
- Il détruit l’humus issu de la décomposition des résidus organiques, qui sert d’éponge pour retenir l’humidité, limite le ruissellement pluvial et protège de l’érosion du sol.
3 – Le labour léger (10 à 15 cm) : devrait être la seule option
Il a d’abord l’avantage d’être économique en puissance motrice, donc en fuel :
- Il laisse les bactéries à leurs niveaux respectifs.
- Il préserve l’humus de surface.
Nota : Pour le jardinage, il existe depuis longtemps la grelinette, une large fourche à deux manches, moins pénible que la bêche et qui respecte l’équilibre du vivant.
4 – La chimie intensive brûle tout ce qui vit dans le sol
Plus de 200 vers de vers de terre (lombrics) par mètre carré ont disparu. Normalement, ils viennent chercher des matières organiques en surface et les emmènent en profondeur dans des galeries verticales. Ils ingurgitent aussi des matières minérales pour former des complexes argileux fertilisants dont se régalent les racines.
La chimie fait disparaître également les milliards de bactéries travailleuses qui extraient de précieux minéraux comme la silice, le magnésium, le potassium, etc., et en font des miellats nutritifs indispensables intermédiaires sans lesquels les radicelles des plantes peinent à se nourrir directement.
Cette hécatombe aboutit à des céréales et plantes vivrières carencées, fragilisées face aux nuisibles et aux maladies, carences et fragilités qui se transmettent ensuite aux humains par la chaîne alimentaire.
5 – Les engrais chimiques à formule classique NPK
NPK, c’est le mélange classique moderne azote/phosphore/potassium dont la fonction est de forcer le rendement des récoltes :
- L’azote N favorise la pousse des parties aériennes (tiges et feuilles) et la photosynthèse.
- Le phosphore P stimule le développement des racines, la floraison et la fructification.
- Le potassium K améliore la résistance à la sécheresse, au gel, et stimule la photosynthèse.
Inconvénients :
- Acidification des sols, donc stérilisation de la vie biologique.
- Pollution phréatique des eaux par les nitrates synthétisés.
- Disparition d’oiseaux, d’abeilles, de papillons et de nombreux insectes.
- Irritations cutanées et respiratoires des paysans.
- Grande toxicité d’ingestion par manipulation (cultivateurs).
6 – Règlementations supprimant la diversité des espèces
Une sélection drastique imposée par les puissantes multinationales agroalimentaires nous prive de multiples variétés de légumes du passé. Par contre, sont introduits sur le marché de nombreux clones de fruits et légumes expérimentaux, intéressants pour les producteurs géants, mais pas spécialement pour la santé des consommateurs.
7 – Le piège des semences mulets à reproduction unique obligatoires
Depuis des années, je dénonce ce scandale qui ne permet plus aux agriculteurs de ressemer chaque année une partie de leur récolte (gratuitement) ainsi qu’il en avait été depuis toujours. Ceci oblige donc les paysans à acheter chaque année, aux très puissants semenciers, les sélections réglementaires à récolte unique.
Les intérêts nutritifs des consommateurs ne sont bien sûr pas pris en compte. Par exemple, le gluten céréalien des climats froids qui est chauffant (blé, avoine, seigle) est devenu allergisant voire un toxique.
8 – Les produits dits phytosanitaires
La mort des sols entraîne des carences graves des récoltes, ce qui donne des plantes sans défenses face aux prédateurs. Issues de la chimie, elles sont de plus empoisonnées avec des compositions chimiques dangereuses à l’emploi, pour éradiquer ces nuisibles.
Les animaux et les humains qui les consomment sont à leur tour intoxiqués et développent des maladies qu’il va falloir soigner en faisant encore appel à de la chimie, cette fois médicamenteuse… pour le plus grand plaisir de big pharma.
9 – Et le bio là-dedans ?
Il n’est pas le bienvenu et n’est soutenu par aucune subvention. De plus, son coût de production ne permet guère l’accès aux petites bourses, sauf par ventes directes locales des producteurs. À noter que le premier producteur bio est la Russie dont nous ne pouvons pas profiter à cause de l’embargo politique.
10 – Point de vue lucide coût/énergie
- L’assistance chimique des cultures est ruineuse en produits et en matériel.
- Les semences non reproductibles sont une arnaque intolérable.
- L’agriculture chimique est entièrement dépendante du coût du pétrole.
- La grande distribution peut être paralysée par un simple embargo pétrolier.
Un avenir pérenne ne peut s’organiser qu’en multipliant les petites productions agricoles BIO peu dépendantes du pétrole donc de la chimie, en libérant les variétés de plantes anciennes, et en interdisant les semences à germination unique. Enfin, la distribution par circuits courts doit être rétablie, ceci éliminant les parasites commerciaux intermédiaires.
De telles organisations existent déjà partiellement, il n’y a même pas besoin de les inventer, mais seulement de les copier.
CONSEIL AUX AGRICULTEURS
Il faut refuser les aides séduisantes.
Ce sont toujours des pièges malveillants
qui vous mettent en esclavage.
En savoir plus : entretien avec Lydia et Claude Bourguignon
https://www.youtube.com/watch?v=rKfXU2JFcW8
